Extrait de littérature jeunesse
Quelle surprise ! Kitty Crowther fait de la gravure avec ses crayons de couleur.
Les surfaces noires et brillantes, petites comme plus grandes sont grattées. Et cela me dit que du noir ça ne se fait pas tout seul, l’ombre se taille, se creuse sur le papier.
Une feuille, c’est plat mais ça permet de sonder ce qui se cache à l’intérieur du noir, derrière « les bruits de la nuit ».
Les traits aux couleurs explosives et les ocres verts aussi sont marqués, tracés d’une main ferme. Ce n’est pas qu’ils restent figés à faire la statue antique, ils sont bien décidés à être là. Je les ai observés d’abord comme contours des personnages (à l’image du totémique homme aux insectes). Personnages affirmés dans leur étrangeté, ou plutôt leur naturel à eux. Tracés à un moment de leur histoire, dans une posture, entre deux autres instants. Ils baignent dans leur élément, leur chez eux intime - la table, la chaise, le lit, le désordre - et leur dehors, la nature – où le nénuphar aussi est un lit. Ces deux milieux sont reliés, douillets, agréables.
Ces personnages sont là, actifs, émotifs, et rejoignent mille personnages sombres ou gais de l’histoire de l’art. Multiples et différents. Ils empruntent à l’homme autant qu’à l’animal.
On ne peut que sourire et être heureux devant ces dessins. Rien de technique là-dedans, c’est sûr. Il s’agit de langage pur. On aimerait apprendre à parler ainsi, du moins moi, quel que soit le langage utilisé.
Ces dessins originaux présentés à l’initiative du Centre de l’illustration de Moulins, je ne pensais pas les voir un jour. Quelle aubaine ! Je me suis promenée tranquillement d’une salle à l’autre, invitée à découvrir une œuvre qui mène sa propre vie en dehors du livre. Le flux vital émane et circule d’une planche à l’autre et nous emmène aussi si l’on est partant. Les murs de l’Hôtel de Mora construit au XVIII ème siècle sont en tous cas complices. Ca bruisse sous le feuillage, ça papote. Ailleurs, ça réfléchit au bord de l’eau, au bord du monde « dans soi ».
Mon mari et mon fils sont revenus plusieurs fois dans la pièce où est projeté discrètement « The bench ». Cette animation les a aimantés. D’un commun accord ils retournent entendre cet ovni naturel. La vidéo se juxtapose aux dessins orange et noir. Pépites sur papier.
De retour chez moi, j’ai la chance d’avoir sous la main un bout de cette œuvre. Quelques volumes constituent notre trésor familial : des lutins souples et des Pastel, Seuil ou Memo durs, le merveilleux fascicule de l’école des loisirs aussi.
Le sentiment de posséder un bout de l’œuvre est le même qu’avec une bonne édition de dessins de Daumier. Sauf que le livre pour enfants se partage et s’anime à chaque fois qu’on le lit, il s’éveille, s’étire, nous embrasse puis se rendort dans son cocon chaleureux.
Même le nuage bleu de Tomi Ungerer se rendort, même s’il y a eu la guerre dessinée, et que la violence a été dite peut-être pour la première fois à un enfant. Le sommeil se fait plus calme, le réel plus riche de sens.
Le livre jeunesse s’égrene calmement. Difficile de mal lire un bon livre jeunesse à son enfant.
Mei et Satsuki plantent les petites graines une à une en pleine nuit …. C’est doux, ça pousse, c’est immense.
Je rêve d’une maison, avec un jardin.
Ce jardin, c’est déjà le sien.
L'exposition "Tout va très bien..." aura lieu jusqu'au 22 janvier au Centre de l'illustration de Moulins dans le cadre du festival. http://festivaldesillustrateurs.com/